Zweig

Stefan Zweig 1931; Crédits : Trude Fleischmann (1895–1990)

Le joueur d’échec au lycée a été ma première rencontre avec Stefan Zweig, qui me laissa un souvenir totalement neutre et oubliable ; plus tard la biographie de Marie-Antoinette m’avait beaucoup plu mais pour des raisons que j’ai oubliée depuis je n’ai pas continué sur ma lancée . C’est avec Hermann Hesse que ma curiosité pour les auteurs européens du 19e siècle a repris suite à la lecture de l’excellent Demian puis de fil en aiguille je suis naturellement retombée sur Zweig. Je décidai de lui donner une seconde chance, ne l’ayant pas détesté non plus au premier abord, et bien m’en a pris car il est devenu à ce jour un de mes écrivain préféré. Décrire ce que je ressens pour cet auteur et ses œuvres m’est bien difficile car pour commencer c’est la toute première fois que je suis à ce point touchée, qu’à ce point j’ai pu ressentir une compassion immense surtout en lisant Le monde d’hier qui m’a laissée dans des états émotionnels forts et que je recommande plus que vivement.

Zweig c’est concentré dans ses biographies sur des périodes, des personnages, qui relatent tous d’une manière ou d’une autre l’oppression. Celle d’une personne, d’un peuple, d’une société mais aussi l’oppression personnelle. La liberté, la plus chère à son cœur, se retrouve partout dans ses ouvrages, j’ai ressenti chaque lecture comme un hymne qui lui était dédié avec en même temps une mise en garde perpétuelle, preuves à l’appuie, contre la machine broyeuse que sont l’état et le fanatisme religieux. Je n’ai lu que 3 de ses nouvelles centrées sur les sentiments et les relations amoureuses et même si ce ne sont pas celles qui m’ont le plus marqué (surtout Lettre d’une inconnue qui m’a laissée complètement dubitative) j’y ai retrouvé sa très belle plume qui, comme Hesse, savait avec une grande précision décrire les états amoureux et passionnels, précision et poésie. Il va de soi que je compte lire entièrement sa bibliographie, je referais un article complet sur tout les ouvrages lus.

Je me demande souvent ce qui a bien pu me toucher autant chez cet homme profondément humaniste. Peut-être sa fin tragique, ce suicide de désespoir d’avoir vu tout un monde s’effondrer, d’avoir vu quelques amis trahir cette pensée et d’autres assassinés. Lui qui voulait tant d’une Europe comme je l’aurai voulue également : libre, d’une incroyable et infinie richesse artistique, d’un incessant flot de cultures qui s’entremêlent et s’aiment, d’une poussée vers ce qui aurait dû être ce que la réunion de toutes ces idées jaillissantes commençaient à faire naitre et qui n’a jamais pu aller jusqu’au bout à cause des deux guerres. Un peu comme un paradis perdu, que je n’ai pourtant jamais connu mais que j’ai pu ressentir, intensément, à la lecture de ce que l’on considère maintenant comme son œuvre testament Le monde d’hier ; je suis pourtant familière avec cette époque depuis longtemps mais je n’avais jamais autant senti qu’à travers la voix de Zweig ce basculement immonde, la première partie est comme une peinture vive qui bien qu’avec ses défauts n’en reste pas moins vibrante, puis viennent ensuite lentement mais sûrement tout le dégoût et la fatalité.

« Elle était merveilleuse, cette vague tonique de force qui, de tous les rivages de l’Europe, battait contre nos cœurs. Mais ce qui nous rendait si heureux recelait en même temps un danger que nous ne soupçonnions pas.» S.W

On désigne très souvent Zweig comme quelqu’un de mystérieux simplement parce qu’on ne comprend pas, avec notre regard contemporain, son geste, lui qui faisait partie de la fine fleur de l’intelligentsia de l’époque et qui « aurait dû » se battre jusqu’au bout contre le nazisme et les atrocités culturelles ; je trouve pour ma part que c’est avoir eu un manque d’empathie et ne pas avoir réussi à se mettre à sa place au moment des faits. Il n’y a absolument rien de mystérieux dans son suicide : il a assisté au lent dépérissement d’un monde qu’il a vu naitre et presque arriver à son apogée, pour lequel il vivait entièrement, englouti dans les plus grandes bassesses humaines. Lorsqu’on lit ses ouvrages, que ce soit des biographies ou des nouvelles, on peut très facilement ressentir sa profonde sensibilité envers autrui, son émerveillement pour les gens, son envie de les connaitre, de les étudier. Non, son geste n’a rien de mystérieux, ce fut la décision de quelqu’un qui n’a pas supporté ce que les hommes pouvaient se faire de pire entre eux. 

Il existe une documentation assez importante sur sa vie, je n’ai pas tout écouté ni tout regardé et je ne pense pas le faire car j’estime que vouloir tout savoir de la vie de quelqu’un, en plus d’être fortement creepy, laisse peu de place à ce mystère que chacun renferme en soi et nous éloigne de la personne au lieu de nous en rapprocher. Cependant j’ai regardé le documentaire intitulé Stefan Zweig, histoire d’un européen, qui peut remplacer son autobiographie si vous ne souhaitez pas la lire, l’impact ne sera tout de même clairement pas le même. Il existe également un film Adieu l’Europe , que je n’ai pas regardé. Enfin, il existe toute une série sur France Culture, Fictions/Le feuilleton qui pour des raisons qui me dépassent n’est plus du tout écoutable, mais que je vous donne tout de même en lien pour que vous puissiez le mettre en favoris si jamais un jour on nous fait l’incroyable honneur de les remettre. 

J’ajoute que tout ses ouvrage sont trouvables en occasion dans la plupart des petits bouquinistes qui pratiquent ces tarifs, excepté si ma mémoire est bonne de Le monde d’hier (accrochez -vous je n’ai pas fini de vous bassiner avec). J’espère vous avoir donné envie d’ouvrir au moins un de ses livres si vous ne les connaissez pas du tout, n’hésitez pas à partager vos ressentis en commentaire.

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